RESUME ANALYTIQUE
Dans un contexte de mondialisation des échanges agricoles, le marché avicole béninois est fortement marqué par les importations massives de viande de poulet congelée en provenance d’Europe. Cette position résulte surtout de la faible capacité de la production nationale à répondre à une demande intérieure en forte progression. Cela soulève la problématique de l’impact réel de ces importations sur la filière avicole nationale, en termes de concurrence avec la production locale, de segmentation du marché, d’enjeux sanitaires et commerciaux. La présente étude analyse cette situation dans un contexte marqué par l’accroissement de la demande en protéines animales, sous l’effet conjugué de la croissance démographique, de l’urbanisation rapide et de l’évolution des niveaux de revenus. De façon spécifique, elle explore les effets des importations sur la filière avicole béninoise en examinant les dynamiques commerciales, les préférences de consommation, les systèmes de production et les options de politiques publiques pour renforcer la compétitivité du secteur national.
L’étude s’est appuyée sur une approche méthodologique mixte, combinant une revue documentaire systématique, des enquêtes de terrain quantitatives et qualitatives, auprès de 421 acteurs, dont 117 producteurs avicoles et 304 consommateurs. A cela s’ajoutent 38 entretiens semi-structurés conduits auprès d’acteurs des chaînes de valeur avicoles, d’experts institutionnels et d’organisations de la société civile.
L’analyse documentaire révèle que la filière avicole béninoise est fortement impactée par les importations de poulet congelé sur le marché national qui entrent en concurrence avec la production locale, plus coûteuse. A cela s’ajoutent les importations en transit vers le Nigéria, dont la dépendance aux recettes fiscales et au commerce transfrontalier informel limite la marge de manœuvre du gouvernement pour protéger la production nationale.
Les mesures envisagées, telles que les quotas, les droits de douane ou mesures anti-dumping, doivent être conciliées avec les engagements du Bénin envers l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), la CEDEAO et des accords internationaux, ce qui restreint la capacité à agir et rend la compétitivité de la filière locale vulnérable. Les acteurs perçoivent ces contraintes comme un défi majeur pour le développement de la production nationale et la sécurité alimentaire, tout en reconnaissant l’importance de renforcer la coordination institutionnelle et la coopération régionale pour mieux soutenir la filière. En termes de système de productions, l’étude montre que la production avicole béninoise se divise entre plus de 500 000 exploitations traditionnelles produisant le poulet bicyclette et quelques centaines d’exploitations modernes utilisant des intrants et des races améliorées, avec de nombreuses exploitations mixtes. Les deux chaînes de valeur ajoutée (CVA) (traditionnelles et modernes) regroupent fournisseurs d’intrants, producteurs, transformateurs, commerçants, consommateurs et organisations de soutien. Toutefois, la CVA moderne est plus structurée et influencée par quelques fournisseurs qui déterminent prix et disponibilité des intrants. En terme d’organisation, la CVA moderne s’appuie sur l’organisation faîtière « Interprofession de l’Aviculture du Bénin (IAB) » qui regroupe plusieurs acteurs, permettant de réduire les coûts de transaction. En revanche, la CVA traditionnelle, repose sur l’« Association Nationale des Aviculteurs du Bénin » (ANAB) qui ne regroupe que les producteurs, avec l’intervention de nombreux intermédiaires, entraînant une augmentation des prix sur le marché avicole béninois. Un marché largement dominé par la viande importée, consommée quotidiennement par près de 75 % des jeunes urbains à faibles revenus, en raison de son prix, de sa disponibilité et de sa commodité. Par contre, la viande locale, perçue comme de meilleure qualité (goût, consistance, fraîcheur, etc.), attire également les consommateurs surtout les plus âgés et disposant de revenus élevés. D’ailleurs, les consommateurs perçoivent la viande de poulet domestique comme un produit de haute qualité pour lequel ils sont prêts à dépenser plus d’argent que pour les produits carnés importés. Comme facteurs influençant le consentement à payer identifiés, on retrouve le degré de transformation, la forme du produit, la qualité de la viande (goût, consistance, fraîcheur, etc.) et les aspects liés à l’hygiène (confiance au système de production, absence d’antibiotiques et d’hormones, etc.).
A l’issue de cette étude, plusieurs recommandations ont été formulées. D’abord, à l’échelle du secteur privé, l’étude suggère un renforcement de l’organisation des acteurs, une amélioration de la transformation et de l’emballage des produits locaux puis le développement du marketing, par exemple via un label « Made in Benin ». Au niveau du secteur public, les propositions sont orientées vers le financement et l’assurance agricole, la stabilisation des prix des intrants, la formation, la protection du marché intérieur, le soutien technologique et l’amélioration de la réglementation et du contrôle sanitaire. À l’échelle régionale, il est recommandé de mettre en œuvre le tarif extérieur commun de la CEDEAO pour protéger le marché national. Enfin, au niveau international, la coopération peut appuyer l’usage des mesures de défense commerciale et promouvoir une consommation durable dans les pays exportateurs.
Source et année de réalisation :
Kulla, D., Amoussou, P., Dognon, A.Y., Gbèdé, T.R., Thècle Glele, I., Graser, M., Jimmy, K.P., Karimou, S., Kinkpet, A.T., Klause, K.A., Castro, G.M., Minguemadje Marner, E. (2021). L‘impact des importations de poulet sur la f ilière avicole béninoise Analyse des questions commerciales, des préférences de consommation et des systèmes de production pour renforcer la compétitivité du secteur national. Centre pour le Développement Rural (SLE) Berlin, 1-185.