RESUME ANALYTIQUE
Dans un contexte marqué par une forte vulnérabilité aux changements climatiques et une volonté affirmée de transition vers une économie durable, le Bénin s’engage progressivement dans le développement de mécanismes de financement vert. Toutefois, les petites et moyennes entreprises (PME), pourtant au cœur du tissu économique national, rencontrent d’importantes contraintes d’accès à ces financements, limitant ainsi leur contribution à la transition écologique. Face à ces enjeux, une analyse approfondie de l’écosystème de la finance verte s’avère essentielle pour éclairer les mécanismes en place, identifier les principales contraintes et mettre en évidence les opportunités de financement adaptées aux PME. C’est donc pour répondre à ces besoins que la présente étude a été initiée par la Banque Mondiale avec pour objectifs d’examiner de manière approfondie les mécanismes du financement vert au Bénin, identifier les obstacles et leviers d’accès pour les PME, et formuler des recommandations opérationnelles visant à améliorer l’accès et l’utilisation de ces financements au profit d’une croissance durable et inclusive. L’étude repose sur une approche méthodologique combinant des recherches secondaires et primaires, incluant une revue documentaire approfondie et des entretiens qualitatifs menés auprès de 23 acteurs clés de l’écosystème (PME, institutions financières, décideurs, experts et universitaires), complétés par un atelier consultatif.
Les résultats de l’étude montrent que le financement vert au Bénin repose encore majoritairement sur le secteur public et les partenaires internationaux, avec 420 millions USD mobilisés entre 2019 et 2020 (dont 85 % de sources extérieures), tandis que les investissements privés restent très faibles (2,7 %), révélant un déficit d’implication du secteur privé. Malgré un total de 431,6 millions USD investis sur la période, ces ressources ne couvrent que 41 % des besoins liés aux objectifs climatiques, avec une forte orientation vers l’adaptation (68 %) au détriment d’autres secteurs clés de la croissance verte. Par ailleurs, le Bénin se distingue par l’usage d’instruments financiers innovants (euro-obligations ODD, financements concessionnels, garanties de la BAD), qui renforcent sa crédibilité internationale.
Cependant, l’examen du tissu de l’écosystème dans sa globalité montre que les PME dominent largement l’économie béninoise, représentant environ 90 % des entreprises. De même, elles sont fortement exposées aux risques climatiques, avec 73 % des entreprises affectées, mais seulement environ 50 % ayant adopté des mesures d’adaptation, soulignant une vulnérabilité généralisée et un besoin urgent de renforcement de la résilience et d’accès à des financements adaptés. L’analyse ciblée de l’écosystème de la finance verte pour les PME au Bénin, révèle un système encore embryonnaire mais à fort potentiel de développement, marqué par une diversité d’acteurs avec un rôle central des décideurs publics dans son orientation et sa coordination. En effet, l’État, à travers la Présidence et les ministères sectoriels, définit les politiques, tandis que des institutions comme l’ADPME, la CDC Bénin, le FNEC ou la FNDA assurent la mise en œuvre via des instruments tels que subventions, prêts, garanties et capital-risque, en complément des banques, IMF et partenaires techniques.
Malgré l’intérêt croissant des PME pour les activités durables, l’accès au financement reste fortement limité par plusieurs obstacles structurels. Du côté de l’offre, l’étude met un accent sur des obstacles politiques et réglementaires tels que l’absence de taxonomie verte, l’absence de stratégie nationale pour une économie verte, les contraintes liées aux réglementations, ainsi que des incitations limitées pour les banques. Elle révèle également des contraintes techniques et opérationnelles (expertise limitée, asymétrie de l’information, manque de soutien consultatif) et des barrières financières marquées par l’aversion au risque, la faible rentabilité des banques et leur préférence pour les titres d’État. Du côté de la demande, les contraintes portent sur l’incertitude réglementaire et l’absence de coordination et d’informations de marché, ainsi que sur des limitations techniques (faible accès aux garanties, manque de projets verts bancables, compétences limitées en gestion et en structuration de projets, difficulté à mesurer l’impact environnemental) et des insuffisances des dispositifs de soutien aux PME, freinant globalement leur accès au financement vert.
Au terme de cette étude, le mécanisme proposé pour améliorer l’accès des PME au financement vert repose sur une approche en deux phases structurée autour d’un guichet unique coordonné par l’ADPME, qui joue un rôle central de plateforme d’information, de mobilisation et de mise en relation entre acteurs publics et privés. Il consiste à enregistrer et classifier les projets verts selon leur potentiel économique afin de les orienter vers des sources de financement adaptées, tout en s’appuyant sur une base de données, un comité de sélection multipartite et un dispositif de communication et d’assistance technique. Dans la phase 1, dominée par les institutions publiques, l’accent est mis sur la structuration de l’écosystème, le renforcement des capacités des PME et la mise en place progressive des instruments de financement, tandis que la phase 2 vise à élargir l’implication du secteur privé et à introduire des instruments financiers plus innovants et à plus fort effet de levier. L’ADPME est appelée à occuper une position stratégique en assurant la coordination, le suivi, la sensibilisation, ainsi que le soutien non financier, afin de favoriser l’émergence de projets verts bancables et d’optimiser la mobilisation des financements.
Source et année de réalisation : World Bank. (2025). SMEs Green Finance Ecosystem Analysis in Benin. Final Report, 13th May 2025, 1-78.



